|
Des oeuvres qui revendiquent humanité et féminité
Orlan est connue depuis les années 60 pour ses performances, vidéos et sculptures qui interrogent l'image de la femme et en particulier de la femme artiste (on se rappelle le fameux "baiser de l'artiste", vendu 5F dans les années 70, les vidéos de ses opérations de chirurgie esthétique et les photographies intitulées "Self-hybridations"). Son propos est ici plus large, puisqu'il s'agit à la fois de corps, de technologie, de liberté, de mondialité...
L'exposition s'ouvre dans la grange par une projection vidéo : Orlan Remix, citant Romain Gary, Costa-Gavras, Deleuze et Guattari, pour dénoncer, sur une musique gaie et entraînante, l'absurdité du racisme et prôner l'évidence de la mixité. Une énorme limousine gonflable, vient rajouter une note qui se veut festive, évoquant l'envie de luxe et de spectaculaire que l'on peut avoir pour un mariage (mixte ou non).
 Dans la salle du parloir, une sculpture grandeur nature inspirée de la physionomie d'Orlan, à la fois noire et blanche, obscure et lumineuse, trône sur un socle, où un tissus tramé de fibres optiques et de capteurs de mouvement, envoie des informations, selon le déplacement des spectateurs, vers la sculpture, dont les éléments électroniques font varier l'intensité lumineuse. Volontairement futuriste et archaïque cette oeuvre, qui a nécessité un important travail de recherche et d'innovation, défend une humanisation de la technologie et une mondialité libre des échanges entre les peuples.
Dans la salle des religieuses, sur un grand podium, semblable à ceux des défilés de mode, mais recouvert du kraft à bulles utilisé pour le transport des sculptures, trois sculptures de plis, baroques, brillantes, évoquent des robes dont les corps sont absents, et par leur ressemblance et leurs différences, soulèvent la question de la copie et du clônage.
 Le corps absent est à la fois celui des religieuses de l'abbaye (qui renonçaient à la jouissance de leur corps) et celui des mannequins (dont le corps frôle parfois l'abstraction).
Enfin, dans les anciennes latrines, Orlan utilise un pseudonyme : AAKA, pour présenter une installation qui se démarque de son travail habituel, et dénonce le sport devenu religion, ou l'omniprésence de ces deux phénomènes, dans les médias et la vie quotidienne, au détriment de la liberté individuelle. Une croix formée d'écrans vidéo diffuse des extraits de matchs de foot. Au sol, s'accumule une multitude de ballons sur lesquels sont reproduits des extraits de la bible.
 Trop de mélanges ?
Si dans l'intention, les oeuvres d'Orlan sont chaleureuses, humaines, ouvertes sur les autres et le monde dans un esprit libre et généreux, il me semble que les réalisations et la présentation de son travail sont ici paradoxalement froides et distantes. La matière lisse et clinquante des sculptures de plis, l'hyper-technologie de "Sculpting Brushes", la vidéo énigmatique de la grange ont, en ce qui me concerne brouillé le message initial. L'accumulation de références et de sens nuisent à la lisibilité et à l'impact de chaque oeuvre et encore plus à la cohérence de l'ensemble de l'exposition.
C'est l'installation signée AAKA, qui m'a semblé la plus réussie, sans doute par ce que plus directe et plus simple dans son propos, avec un très beau montages vidéo.
Malgré ces quelques critiques, cette exposition, dans le cadre magnifique de l'abbaye de Maubuisson, mérite une visite attentive, car Orlan est une artiste à la personnalité très forte et engagée, qui fait réfléchir et déstabilise parfois. N'est-ce pas ce que l'on peut attendre avant tout de l'art ?
 Exposition du 30 septembre 2009 au 8 mars 2010 abbaye de Maubuisson rue Richard de Tour 95310 Saint-Ouen-l'Aumône 01 34 64 36 10
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
www.valdoise.fr
Une présentation d'autres oeuvres d'Orlan a lieu en parallèle au Lycée Galilée de Cergy (tel : 01 34 41 74 20), à l'exposition "Elles" du Centre Pompidou. Une conférence sur l'artiste se tiendra également le 18 février 2010 à l'université de Cergy (www.u-cergy.fr) et une soirée de vidéos d'art sera programmée par Orlan au cinéma Utopia le 8 mars 2010 (01 30 37 75 52).
FG
|
je vais peut etre y jeter un coup oeil merci