|
Nouveaux Monstres, Gare Saint Sauveur, Lille, jusqu’au 8 novembre
Le vivant, l’art et la technologie –
L’ancienne gare de marchandises de Lille est le lieu fantastique où j’ai vu exister ce qui normalement n’existe pas.
Ce furent d’abord, ainsi j’ai vu et ainsi je raconte, un passage sous une arche de plantes, dans le jardin d’Akousmaflore. Lorsque nous avons touché les feuillages, ils se mirent à tinter comme une pluie de cristal. Chaque variété avait son chant et je m’entraînai à les distinguer. Dans cette voûte végétale, j’ai vu des humains jouer en paix avec l’inconnu, s’amuser sereinement avec ce qui est hybride ; j’ai vu des plantes qui avaient une âme parce qu’on voulait bien, enfin, leur en prêter une. J’ai senti l’âme du végétal, qui est numérique, et je me suis dit que cela était bon. L’installation « interactive et immersive » du collectif français « Scénocosme » éveille à une meilleure intelligence du biotechnologique, fait entrevoir par cette expérience sensorielle une sagesse pour l’homo sapiens technologicus.
Ce fut ensuite, ainsi j’ai vu et ainsi je raconte, l’assaut des machines. Des robots tentaculaires suspendus dans les airs nous détectèrent et tentèrent de nous saisir avec leurs bras articulés. J’entendais clairement le claquement métallique des robots : c’était assourdissant. Je voyais déjà mon dos rompu lorsque je compris qu’il fallait arrêter de bouger. Ces machines hystériques (« Hysterical Machines », du canadien Bill Vorn) sont inertes si l’on ne projette rien sur elles, ni sentiment, ni intention.
S’enfuir dans un vaisseau spatial s’avéra la seule issue. Nous montâmes dans « Probe ». Me voici donc explorateur d’un espace-temps qui se modifie à mesure que je bouge, organisateur confus d’un chaos d’images et de sons. Soudain, mes mouvements projettent devant moi le sol d’une nouvelle planète - du moins est-ce ce que je crus d’abord. Ma main dans celle du Belge Boris Debackere – c’est lui qui pilotait – je poursuivis en fait d’autres réalités vers mon sommeil.
Il reste quelques semaines pour voir cette exposition gratuite, d’une pertinence remarquable. Près d’une vingtaine d’artistes d’Amérique du Nord et d’Europe présentent des œuvres intégrant sons, images, éléments biologiques, mécaniques, numériques. Une belle réflexion contemporaine sur l’objet et le sujet contemporains, dont l’environnement (et même l’intérieur ! ) est hautement technologique. Précipitez-vous !
Thomas Demoulin
Gare Saint Sauveur
Boulevard Jean Baptiste Lebas, Lille
Métro : Grand Palais ou Hôtel de ville
MERCREDI au DIMANCHE, 12h à 19h
Tél. : 03 28 52 30 00
Boris Berezovsky - Ravel Scarbo |