Itinéraires au Cube Blanc |
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| Écrit par Déborah Vincent |
| Mardi, 08 Décembre 2009 21:39 |
L’association « Itinéraires » au Cube BlancDes créations qui se parlent, se correspondent et s’écrivent dans la matière… L’intrigue et le mystère sont au rendez-vous de cette exposition avec une petite tristesse puisque l’association « Itinéraires souhaite bon vent au Cube Blanc ». En effet, c’est la fin d’une aventure qui a duré trois ans, la galerie Cube Blanc fermant ses portes. Cependant, les sept artistes ont voulu pour faire honneur à cet espace qui a accueilli tant de partage artistique, présenter avant la fermeture définitive quelques unes de leurs créations, afin de rendre hommage et de se souvenir de ces moments passés ensemble. Patricia Caroff, Emmanuelle Favard, Patrick Laurin, Catherine Lhuissier, Pétra Schwanse, Marie Rancillac et Michel Vicario exposent au travers de démarches tout à fait différentes des notions telles que le temps, la séparation, l’absence et la profondeur de l’être, sa douleur et sa quête. ![]() J’ai pu rencontrer et échanger quelques mots avec Patrick Laurin, Pétra et Catherine Lhuissier et je vais m’efforcer de vous donner mon ressenti, celui-ci je l’espère vous donnera envie d’aller voir de plus près. Patrick Laurin, c’est avant tout un travail de précision et d’une grande maîtrise technique. Ses corps tronqués se tournent, se tordent, avancent ou s’arrêtent et semblent réfléchir. Ils sont debout ou près du sol. Des mains aux veines parfaites s’approchent de ce sol comme pour implorer la Terre, cette Terre nourricière ; ces personnages aux visages inconnus et aux bustes inexistants ne souhaitent-ils pas découvrir leur « originel », là où tout a commencé ? Leur ombre les dépasse et ricane. Oui, un corps peut en cacher un autre… Avancer, reculer, hésiter, prier que les choses changent ou accepter qu’elles soient ce qu’elles sont, croire, ne plus croire, espérer, disparaître, déformer, repenser, tracer, marcher, respirer et s’essouffler. C’est le formidable combat que mène l’humain qui ne cesse d’être entre l’espoir et le désenchantement. En voyant le travail de l’artiste Pétra, j’ai pensé à un magma humain. Pourtant, les deux toiles où des personnages sont visibles, sont également très distinctes et au nombre de deux sur chacune d’elle. Mais une douleur apparaît sur les visages, yeux écarquillés et bouche ouverte criant au désespoir. Peinture, vraies vestes de tissu épais, cheveux , mains fabriquées, grillages, fleurs séchées, robes recouvertes de résine, c’est un travail de matière et parfois non transformée, ce qui ajoute évidemment et accentue cet effet de terreur ambiante. Matière brute et brutalité de l’existence. Les personnages sont remplis d’angoisse, ce qui les entoure semble les effrayer. Les personnages de Pétra, êtres sans identité ou « Mère et fille » sont tout à fait déstabilisant. Dans cette dernière toile, l’adulte est « encadré » d’une ligne rouge, le séparant de l’enfant, celui-ci au cheveu blanc, porte une petite poupée à la main gauche. On voit le jouet de l’enfant et on se dit que le jeu n’est plus possible. Les fleurs séchées en bas de la toile évoquent le plaisir d’antan, qui a depuis longtemps disparu. Ils ne sont que témoins et peut-être rescapés d’une bataille sanglante menée par un fou. Catherine Lhuissier nous présente des créations accompagnées pour certaines d’entres elles de textes, extrait littéraire et paroles de chanson. On retrouve par exemple un extrait d’une des chansons de Georges Moustaki « Sans la nommer » sur un petit format avec photos de famille : « C’est celle que l’on emprisonne, que l’on trahit, que l’on abandonne, qui nous donne envie de vivre, qui donne envie de la suivre jusqu’au bout jusqu’au bout jusqu’au bout » Le « Silence » de 2007, œuvre présente à l’exposition est une installation bâche et tôle H 2m X L 0,90 m, travail étonnant de photomontage numérique, impression sur bâche et peinture acrylique. Cette pièce est accompagnée d’un extrait de « Les Carnets d’un jeune homme » 1976-1981 de Philippe Caubère et les mots sont les suivants : « L’artiste ne saura jamais assez combien de richesses gisent dans les terrains abandonnés de son enfance, et combien la reconquête de ces zones d’ombre restera toujours la clef de ses multiples problèmes » Une tôle est posée près de la bâche et nous pouvons y lire cette inscription : « t’as perdu ta langue ? » L’artiste a travaillé son arbre généalogique et à l’aide de montage-photographique s’est déployée sur des formats de plus en plus grands puisqu’elle fait agrandir ses montages sur des bâches parfois de 4 mètres. Les photos sont cousues entre elles. Des morceaux sont parfois découpés et retravaillés. Catherine Lhuissier propose dans ce travail une couture étonnante de disparus. Elle fait renaître et/ou disparaître et c’est avec eux qu’elle existe. Les corps ou visages sont là, défigurés par l’horreur ou décharnés, coupés en morceaux ou à l’état de souvenirs. Ils s’auscultent et s’immiscent dans notre esprit laissant trace et faisant rupture avec le temps. Nous sommes désormais à la recherche de notre ombre perdue, à la recherche de notre moi profond et finalement de ce qui est universel. Nous avons tous notre part d’ombre et cette exposition nous montre combien nous pouvons construire et se construire avec elle. Une gravité se dégage de toutes ces créations et finalement pose la question de savoir ce qui est sombre et ce qui ne l’est pas. Le sombre n’est pas une couleur mais profondeur et je ne peux qu’affirmer que l’association « Itinéraires » offre aux spectateurs une leçon d’humanité. Qui sommes nous, d’où venons nous et où allons nous, quelle trace laissons-nous de notre passage… ![]() Exposition au 3, rue Française 75 001 Paris métro Etienne Marcel Exposition encore visible les jeudi 10, vendredi 11 et samedi 12 Décembre 2009 de 14h à 18h Pour plus d’informations sur l’association : www.itineraires-artcontemporain.asso.fr Déborah Vincent |



