Interview de Phoks & Florsch -par Myriam #Peintre#

Écrit par Myriam   
Vendredi, 03 Avril 2009 17:41

Phoks & Florsch sont deux noms à retenir. Derrière les patronymes de ce duo se cachent deux hommes et une rencontre. Elle représente, le savoir faire et l’élan créatif de deux générations de photographes passionnés. Phoks & Florsch où comment deux hommes, que l’âge et l’origine auraient pu séparer, partent à la conquête des espaces photographiques, pour proposer un nouvel univers haut en couleur. La photographie publicitaire, la mode, l’industrie de la musique, la presse commence à s’y intéresser et le public aussi.

 

 

 Comment a commencé votre aventure ?

Phoks : Cela fait dix ans que nous nous connaissons. J’ai fait un stage dans le labo photos de Jacques, puis nous nous ne sommes plus quittés. Cela a fonctionné tout de suite, nous avions les mêmes intérêts et conceptions de la photo. L’âge n’a pas était une barrière à notre amitié ni à l’élaboration de notre esprit d’entreprendre et de créer notre propre monde visuel. Je ne serais pas là où j’en suis sans Jacques. Il m’a formé au travail en studio, m’a appris la gestion administrative nécessaire pour vivre de ce métier. Mais aussi, le plus important, à reconnaître mon travail, à ne pas le sous-évaluer face au client et sous la pression.

Jacques : Nous sommes sur la même longueur d’onde. Phoks vient du même pays que ma femme.

Phoks : Je suis en France depuis 1988. Mais je me souviens de la maison, des odeurs, du pays, ça me ramène à des souvenirs. J’ai une excellente mémoire visuelle.

Comment expliquez-vous que vos créations séduisent autant de clients dans des domaines aussi différents?

Jacques : Les professionnels sont demandeurs du style Phoks ce qui permet de vraiment créer une impulsion, de proposer une idée et de la conceptualiser.

Phoks : Le premier client qui nous a fait confiance, c’est le Pmu (course de chevaux).

Jacques : Malgré leur activité et leur position, ils ont demandé à Phoks de créer une nouvelle impulsion pour leur communication.

Phoks : Pour Matt Pokora (artiste de r&b français), c’est l’artiste lui-même qui a découvert nos travaux sur Internet. Il m’avait dit qu’il reviendrait vers nous pour son prochain album. Big Ali (Auteur, compositeur et Dj réputé américain) a beaucoup aimé l’univers de nos créations. Il trouvait que l’approche de l’image était vraiment différente de ce qu’il connaissait des créatifs aux Etats-Unis.

Jacques : Il y a dans notre travail une touche française qui l’a beaucoup appréciée.

Phoks : Ce que nous aimons dans ce type de commande, c’est que nous sommes toujours restés maîtres de la création. Nous contrôlons toutes les étapes du processus. Je me laisse guider par mon intuition et pas enfermer dans les besoins marketings que les clients tentent de nous imposer.

 

Vos projets commencent en studio ?

Phoks : Lorsque j’ai trouvé L’idée, je commence à la conceptualiser. Jacques et moi, nous préparons tout ce qui va nous permettre de la réaliser, les prises de vue, l’éclairage et même le make-up. Nous réalisons de vrais photoshots. L’utilisation des outils de retouches des logiciels ne sont que des astuces, c’est tout. Notre boulot, ce n’est pas de la retouche photo, mais de la créa pure. Le mot graphique est un terme qui ne correspond plus à rien, ça ne s’applique pas à mon travail. Tout le monde peut apprendre à être graphiste et à utiliser les logiciels et leurs outils. Mais cela ne suffit pas à rendre une émotion plus palpable ou vivante. J’ai des compositions propres à moi-même, la façon dont je place les choses rend reconnaissable mon travail. Le travail de Jacques et le mien est vraiment complémentaire, chacun apporte sa touche, c’est très important.

Jacques : Phoks aime travailler sur le rendu de la matière, c’est une de ses marques de fabrique. Les clients l’apprécient et tentent de l’adapter.

Phoks : Mais il m’arrive de refuser une commande, comme la dernière fois, pour une maison de disque. Ce n’était que de la retouche photos, ça ne m’intéresse pas. Je ne veux pas faire de l’éxé. Je suis d’accord pour créer un univers d’images autour d’un artiste. Mais après s’occuper de construire des visuels promotionnels comme les rondelles, les stickers, cela m’intéresse moins. Notre travail est considéré, mais personne ne se rend compte des moyens et du temps que cela représente. C’est toujours un peu la guerre au départ sur le coût.

Pas mal de personnes pensent que vous devriez tenter l’aventure américaine, vous comptez aller aux Usa?

Phoks : Je veux d’abord travailler ici et voir après dans quel état d’esprit je me trouverai si cela se présente. Je m’imprègne de tout ce qui a est autour de moi et à Paris, il y a encore beaucoup de choses qui me donnent des idées.

À part la conceptualisation de projets pour des clients vers où pensez vous aller pour faire évoluer votre travail ?

 

Phoks : J’ai envie de développer mon style pour des travaux plus engagés. Je pense aussi le mettre en pratique sur le Portrait, dessiner à la Phoks et proposer un travail de qualité comme le Studio Harcourt. L’école m’a beaucoup enseignée, notamment la photo argentique. J’ai appris le travail photographique en chambre noire. Dans ces conditions, tu as une approche vraiment différente du numérique. Au départ, il y a une idée qui se développe, le travail en chambre noire te fait vivre la naissance de la photographie d’une autre façon.

Quelles sont les limites de la presse pour l’essor de nouvelles images comme les vôtres?

Phoks : Les magazines féminins aiment beaucoup nos créations et notre vision de la mode, mais trouve que le style est trop hors norme pour le moment. Nous choisissons des mannequins non professionnels qui ne répondent pas à leurs diktats. Ils adorent mais ça ne correspond pas à leur cible.

Jacques : Il faut savoir que les magazines se retrouvent devant un paradoxe. Une couverture a cinq secondes pour attirer les lectrices, elles veulent se reconnaitre tout de suite dans l’image. Mais ils doivent aussi attirer le regard pour se démarquer. Paris est très fort au niveau de l’image, mais ils veulent rester dans la norme. Les magazines et certains clients n’osent pas aller plus loin. Comme si, l’image de Phoks pouvait être plus forte que l’image du produit.

Phoks : Le Chemin est long pour que des images novatrices puissent avoir leur place dans les magazines. Il reste aussi  très peu de budgets pour réaliser de vraies prods photos, ils vont au plus simple et au moins cher. Les magazines féminins achètent de plus en plus des séries de mode à l’étranger.

Jacques : Il est aussi difficile de prendre des risques à cause du marché, c’est la crise. L’industrie de la musique joue déjà un peu plus le jeu. Elles savent que le travail de Phoks est de qualité.

 

Comment percevez-vous l’engouement du public et des professionnels ?

Jacques : L’identité créative et le nom de Phoks est connu sur le net. Je suis heureux et étonné que certains s’inspirent déjà de son travail. Les internautes reviennent vers lui pour échanger, comprendre le travail fait sur la light, la composition et la couleur.

Phoks : Faire ce que je fais n’est pas un travail, mais une profession de foi. Je vis en total décalage et je vois les choses qui nous entourent d’un autre œil.

Jacques, les choses ont changé pour les photographes et leur travail depuis que tu es dans ce milieu?

Jacques : Les années soixante-dix étaient fantastiques au niveau des budgets mis en place pour la création visuelle. À l’époque, rien ne freinait les créatifs et les professionnels, les médias et la pub osaient partir sur des projets ambitieux et originaux.

J’ai toujours travaillé en studio et j‘ai évolué dans un univers où l’image publicitaire était mise en avant. J’ai appris un travail de technicien d’images, nous étions plus spécialisés. Nous réalisions les images à l’avance et nous exécutions les travaux à faire avec notre savoir faire. Mais j’aime aussi la photo de reportage car elle invite au voyage, partir, découvrir les autres.

Phoks : Je pense que pour évoluer dans le bon sens quand tu es créateur, c’est d’avoir sa propre identité. Il ne faut pas se noyer dans la masse de ce qui est fait. Après, qu’est ce qui fait la différence? Je ne suis pas dans une mode spéciale, je m’inspire de tout ce qu’il y a autour de moi. J’ai pas peur d’être démodé, je n’aime pas la routine, tout cela construit mon vécu et mon travail.

 

interview réalisée par Myriam

 

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