Interview de Julien Beneyton par Myriam #Peintre#

Écrit par uneexpo.com   
Lundi, 06 Avril 2009 20:11
La vie peut être vu comme dans un kaléidoscope, des couleurs, des formes différentes où l’infini petit et l’infini grand se rejoignent. Une vision où la diversité et la multitude de ce qui nous entoure donne une nouvelle émotion des choses, des événements et des autres. Les peintures de Julien Beneyton, jeune peintre prometteur qui mêle un regard populaire et une technique picturale aiguisée donne cette impression de redécouverte. Dixit l’œil rivé sur le tube, nous revenons à l’essentiel à l’œil nu. Julien Beneyton vous invite à reconnaître ce qu’un monde plein d’images de toutes sortes ne vous laissent plus voir. Aux détours des rues, nous redécouvrons des visages si humains et des scènes de nos vies quotidiennes dans les paysages qui nous sont si familiers voyage à vous…


Tu dépeins et peins avec beaucoup de réalisme le quotidien de tes contemporains…

Le mode de fonctionnement de notre société définit les personnes comme des individus mobiles et figés dans des cases. J’ai envie de proposer un regard honnête sans caricature sur le monde qui m’entoure. Il faut sortir de cette perception erronée et simpliste des autres et mes toiles s’inscrivent dans cette volonté. Je ne suis pas là pour flatter le public, il faut que la forme propose un fond (dixit Fab, rappeur). Les gens ne sont pas stupides, ils savent lorsqu’on les prend pour des abrutis. J’aime créer des scènes réalistes car je veux proposer une lecture où tous les détails ont leurs importances pour décrire et raconter avec précision une situation, une idée etc.  
 
 

 
Le choix de développer ton langage pictural avec réalisme s’est imposé à toi?

Les cours sur l’histoire de la peinture inscrits dans mon cursus scolaire ne me parlaient pas plus que ça. Par contre, la façon dont les peintres flamands proposaient une lecture réaliste entre la relation de l’homme et de son environnement m’attiraient. Le travail de Bruegel sur la vie quotidienne, comme celui d’Otto Dix sur le détail  apporté pour construire la scène et la psychologie des personnages sont pour moi quelque chose de fort. J’aime la façon dont ils témoignent de leur temps. Par contre, ce sont plutôt les toiles de Basquiat qui m’ont donné l’envie de me lancer. Sa gestuelle assez simple m’a fait me dire que je pouvais m’exprimer dans mon propre langage à mon tour. Je commençais par peindre avec un trait très naïf pas par envie, mais c’était le départ du développement de ma propre technique

Peintre réaliste, militant, c’est cela qui te représente le mieux?

Je me sens engagé mais pas militant, d’ailleurs je fais rarement des toiles sur le thème de la politique. L’art engagé ce n’est pas tomber dans une simplification du dessin. Je ne vais pas faire une moustache d’Hitler à Sarkozy pour satisfaire l’idée que les gens se font de la politique, par exemple. Je préfère proposer la construction d’une scène ou le décor et les personnages parlent d’eux-mêmes d’une réalité sociale et/ou politique. Il doit être peint une idée mais pas ce que je pense. Je ne veux pas que mon travail tombe dans le misérabilisme ni dans le voyeurisme. Même si le côté sombre des choses m’inspire, mes œuvres laissent une impression positive et de vie au final. Comme ce que j’ai fait avec la toile
« Au roi du couscous ».  
 
 

 
Comment vois-tu la perception de ta démarche dans le monde de l’art ?

Les sujets et les scènes que je peins représentent des personnes de la vie de tous les jours issues de toutes les communautés que l’on peut rencontrer dans nos rues. Les personnes qui aiment et doivent défendre mes toiles devraient trouver toute une dialectique pour proposer mon univers. Il était difficile d’y imposer mes sujets au milieu de l’art contemporain. Lorsque qu’on arrive sur le marché avec une iconographie, un dialogue, un travail différent, il faut des gens pour y croire. Il y a des galeristes qui se battent depuis longtemps pour imposer les installations, par exemple, il en va de même pour toutes les expressions artistiques. Il y a différents types de galeries, celles qui  vendent de l’art pour décorer, pour le plaisir des sens. D’autres qui s’inscrivent dans une démarche culturelle, il y a une frontière entre art et artisanale.

Cela fait sept ans que je peins et j’ai vu mes prix évoluer. Aujourd’hui je n’ai pas les moyens de m’acheter mes propres toiles.  

Les illustrateurs, les photographes ont réussi le pari de diffuser leur univers dans les médias traditionnels comme la presse. Penses-tu qu’il y a quelque chose à développer dans ce sens pour la peinture ?

La peinture peut comme support dans les médias témoigner elle aussi, mais ne pas apporter quelque chose en plus. Une toile ne parle pas de la même façon reproduite et imprimée qu’à l’œil nu dans ses dimensions réelles. Même s’il est vrai que nous savons que les gens n’ont pas le temps de consommer la peinture et  aller en galerie n’est pas encore dans les mœurs. J’ai fait des interviews pour des magazines, des sites Internet et je me rends bien compte qu’il faut pour communiquer avoir un char d’assaut, une équipe spécialisée pour ça, comme dans une maison de disque. Il faut développer l’image et la diffusion des œuvres et réfléchir à la façon de la faire.

Je ne boude aucun support, aucun événement pour proposer ma peinture, mais il faut être cohérent avec son boulot. Je prends du plaisir à le partager au Centre Barbara comme à la F.I.A.C.
 
 

J’allais venir à tes travaux du centre Barbara dans le cadre d’une thématique hip hop…

Le centre Barbara m’a contacté pour exposer dans le cadre d’une thématique sur la culture hip hop. C’est là que j’ai rencontré pour la première fois, une autre partie de mon public qui lui avait les codes et comprenait mon travail sans devoir en faire une analyse poussée. C’était aussi l’occasion de rencontrer un public qui ne vient pas spécialement en galerie et qui s’est reconnu dans mon travail. Dans l’imaginaire collectif si tu travailles sur des scènes où le décor et les personnages sont influencés par la culture hip-hop, c’est que tu es graffeur. Le Graffiti, c’est de la poésie dans l’environnement urbain. L’essence de mon boulot n’est pas hip hop, c’est une culture qui m’accompagne mais je suis peintre avant tout. Je rends plutôt hommage à des rappeurs et j’ai voulu avec le rap français faire un travail en profondeur comme le travail avec Oxmo Puccino. Les portraits d’artistes que je peins comme Oxmo Puccino, Mc Jean Gabin ou Danny Dan naissent d’abord d’une rencontre.

Nous, peintres ou sculpteurs avons une pression plus énorme que pour le Graffiti, tout simplement par ce que l’art du graffiti n’en est qu’à ses débuts. Tandis que nos arts ont des siècles d’histoire derrières eux.
 
 
 
 
Comment tu vois l’expression de Street Art pour cette nouvelle scène artistique qui semble intéresser de plus en plus ?

Il peut y avoir une scène qui émerge mais je n’aime pas trop ce type d’approche. Je crois au beau et au vrai boulot.  Dans les rencontres entre artistes, il y a des affinités qui se créent, mais je ne crois pas en une scène précise, plus à des individualités d’une génération qui s’expriment par la peinture. Dans leurs travaux, peut se retrouver l’influence des cultures qui font notre société. Je vois plus ma peinture comme une peinture réaliste et témoin de son temps. Le métier d’artiste, c’est être passionné avant tout, il faut y croire pour avancer et évoluer, se surpasser affiner sa technique etc. Il y a beaucoup de monde et peu d’élus, le marché de l’art est dur, c’est comme un escalier où il faut gravir chaque marche pour perdurer et avancer.  
 

interview réalisée par Myriam

 
 

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