Exposition Jean-Michel Franck |
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| Écrit par Katia Fache |
| Lundi, 09 Novembre 2009 21:06 |
![]() La fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent a décidé de mettre en scène l’œuvre de Jean-Michel Franck, un des plus grands décorateurs du début du XXe siècle. Le tout dans une atmosphère calme, accompagnée d’une lumière tamisée, nous permettant de pénétrer plus aisément dans la vie du décorateur. L’exposition retrace le parcours de cette figure mythique de l’entre-deux guerres, à commencer par sa vie familiale qui influence fortement son travail. Jean-Michel Franck, issu d’une famille de banquiers juifs et cousin d’Anne Franck, naît à la toute fin du XIXe siècle à Paris. Très épris de littérature, il rencontrera les écrivains surréalistes René Crevel et Léon Pierre Quint, futur biographe d’André Gide et de Marcel Proust. Au commencement de la première guerre mondiale, sa famille est plongée dans le drame : ses parents sont assignés à leur domicile, et ses frères ainés sont appelés à rejoindre l’armée. Un an plus tard, ceux-ci mourront au front, et son père se suicidera. C’est à partir de ce moment que la dépression fera parti du quotidien du jeune décorateur, malgré sa passion grandissante pour l’art. Au lendemain de la guerre, Jean-Michel Franck entre dans l’atelier de Jacques–Emile Ruhlmann en tant qu’ébéniste. Dans ces années 20, il fera la connaissance d’Eugenia Errazuriz, une chilienne de la haute société, qui lui transmet le gout de la décoration dépouillée, du style épuré. A ce moment, il cherche encore son propre style et ses influences tournent autour de Le Corbusier et de Robert Mallet-Stevens avec ce formalisme géométrique. Il s’improvisera aussi décorateur pour Louis Aragon, ou encore Paul Eluard. C’est ainsi qu’il trouvera sa place dans le Paris des avant-gardes. ![]() Fuyant l’Histoire, il ressent le besoin de créer ces intérieurs sans vécu. En effet, à l’exemple de sa génération, il souhaite plus que tout oublier le passé qu’il a connu. Il commence alors à réaliser des intérieurs faits de vide et de silence, où rien ne pèse sur l’esprit. On retourne à l’essentiel, où les tables ne sont plus que des panneaux, et les lampes de simples fûts. Cette impression de vide s’amplifiera avec le temps, lorsqu’il introduira de nouveaux matériaux tels que le galuchat, ou le parchemin. Il bouleversera également la hiérarchie des matériaux en associant le cristal de roche et la terre cuite, ou la toile de jute avec la toile de soie. Peu à peu, ces intérieurs sans référence au passé seront très demandés. Ce nouveau luxe caractérisé par la simplicité séduit la haute société et les commandes affluent. Il adoucira son style dans les années 30 dans le but de plaire à un plus grand nombre en introduisant les matériaux nobles comme le bronze, la feuille d’or, ou l’acajou. Il ira même jusqu’à s’inspirer du mobilier de style Louis XIV, Louis XV et Louis XVI pour de nouvelles formes. Dans ce renouvellement de répertoire, il fera appel à ses amis : Dali, Alberto Giacometti, Christian Brérard, pour la réalisation d’un mobilier grâce auquel chacun pourra s’exprimer librement. Avec cette nouvelle équipe, Jean-Michel Franck devient le décorateur le plus demandé à Paris. ![]() Suite à ces dix années de succès, la seconde guerre mondiale éclate et l’artiste est obligé de quitter la capitale, où l’on a saisi ses biens. Il s’en ira alors en Argentine avant de s’envoler pour New-York où il se suicidera. L’œuvre de Jean-Michel Franck, qu’on appelle le « luxe pauvre », est souvent perçue comme paradoxale, à l’image de sa vie, où il aura tangué entre d’immenses joies à partager avec des amitiés fidèles, et une grande solitude qui l’aura poussé au suicide. Exposition Jean-Michel Franck (du 2 octobre au 3 janvier) Fondation Pierre Bergé-YSL 5 avenue Marceau 75016 Katia Fache. |




