Bloomsbury à La Piscine de Roubaix |
| UNEEXPO.com EXPOSITIONS : |
| Écrit par Thomas |
| Jeudi, 28 Janvier 2010 12:19 |
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Conversation anglaise – le groupe de Bloomsbury à La Piscine de Roubaix. Informations pratiques : Du 21 novembre 2009 au 28 février 2010 La Piscine, Musée d’art et d’industrie André Diligent 23, rue de l’Espérance, Roubaix Métro : Gare Jean Lebas www.roubaix-lapiscine.com Tél. : +33 (0)3 20 69 23 60 Ouvertures : Du mardi au jeudi, de 11h à 18h. ![]() Vendredi : de 11h à 20h. Samedi et dimanche : de 13h à 18h. Tarifs : 7€ et 4,5€ A T. K., en témoignage d’amitié Certaines expositions, parce qu’elles sont limitées dans le temps et dans l’espace, ne peuvent que suggérer la richesse immense (en matière culturelle, on peut dire « infinie ») de ce qu’elles nous découvrent. Et le paradoxe, c’est que plus l’exposition est belle, plus le voile couvre autant qu’il exhibe. C’est ce qui se passe en ce moment, et jusqu’au 28 février, à La Piscine de Roubaix, moins connu sous le nom de Musée d’Art et d’Industrie André Diligent. Et il est heureux qu’il en soit ainsi. Les visiteurs ne sortent pas de cette promenade spirituelle avec l’impression d’avoir participé à ce genre de débauche consumériste socialement autorisée parce que « de bon ton » ou « culturelle ». Après cette visite, on ne ressent qu’une forte envie de prolonger chez soi cet « english chat » en s’enfonçant dans l’épais fauteuil de trois décades de collaborations et relations en tout genre, dans tous les sens de l’expression, d’ailleurs. Comme souvent (pour je ne sais quelle raison abstruse et d’État devant tenir à l’identité nationale, je suppose), c’est encore un pan complet de la haute culture britannique qui a du mal à traverser le Channel. Du groupe de Bloomsbury, seuls les noms de l’écrivain Virginia Woolf et de l’économiste John Maynard Keynes ont acquis une renommée remarquable en France. Le groupe de Bloomsbury, c’est d’abord l’existence tout à fait quotidienne et hors du commun d’un cercle d’amis et d’amants des deux sexes, qui osent partir sur des chemins vierges. C’est une floraison inspirée par les forces inextricables de la mort et de la vie, un arbre familiale où circulent et d’où s’épanchent des gouttes de sperme et de connaissance. Rappelons-nous que la mort de la reine Victoria en 1901 semble rouvrir, pour la société britannique d’alors, tout un panel de possibles que l’on croyait eux-mêmes enterrés, mais avec Oscar Wilde, ceux-là. En 1904, la très victorienne famille Stephen perd son patriarche, Sir Leslie Stephen. Vanessa, Thoby, Virginia et Adrian, les quatre enfants, quittent le quartier bourgeois de Kensington et emménagent à Bloomsbury, dont l’air leur paraît plus propice à une réforme de leur vie. Puis, en 1906, le frère cadet meurt. À partir de cette expérience originaire d’un néant, l’histoire de l’éveil d’une conscience à une autre conception du monde peut débuter. De l’écriture à l’architecture, en passant par l’art décoratif et les sciences sociales, les artistes de Bloomsbury vont construire les allégories d’une société nouvelle. Leurs portraits croisés, picturaux ou littéraires, leurs objets domestiques aussi bien que leurs théories de l’art et du monde ont élevé leurs vies à un haut degré de beauté. C’est tout un mode de vie, des jeunes années londoniennes à la longue période bucolique de Charleston, qui a été ou s’est voulu une correspondance lucide et décidée avec la liberté et la vivacité de l’intellect humain. Voilà une expression trop pompeuse dont on n’est jamais sûr de comprendre le sens ; rendez-vous donc à La Piscine pour en percevoir la signification concrète et simple : les commissaires de l’exposition, Sylvette Botella-Gaudichon et Bruno Gaudichon, aidés de Guillaume Olive ont choisi d’évoquer les demeures du groupe, les espaces intimes, toujours collectifs, les lieux publics aussi, à l’image de la boutique des ateliers Omega(Ω). À déambuler entre ces murs, on se souvient alors que si nous sommes un étrange animal, c’est parce que nous vivons dans, et avec, ce que nous fabriquons et pensons. L’homme est dans sa propre culture et n’est rien hors d’elle. Des années 1900 aux années 1930 : ce laboratoire ne brillera guère plus longtemps. Son aventure s’assombrit dès 1932 à cause de la mort de l’écrivain Lytton Strachey. En 1934, c’est la mort du peintre et critique d’art Roger Fry, en 1941 le suicide de Virginia Woolf, en 1946 la mort de Keynes. Ces décès individuels, répétitions ou répliques de l’implosion collective qui fait éclater l’Europe à ce moment-là, ouvrent certes une phase où le groupe semble coller à l’histoire moins qu’au présent. Mais Bloomsbury, ce réseau fluide de vies, de morts et de sexes, va désormais accéder à l’immatériel des mémoires, devenir une âme, un fantôme. Il cède la place au récit héroïque, à l’icône. On voit alors un projet existentiel se détacher du temps, se sublimer en quelque chose d’atemporel. On se surprend alors à revoir nombre de tableaux de Vanessa Bell, Duncan Grant ou Roger Fry comme étonnamment calmes et silencieux. « Je hais le mouvement qui déplace les lignes », dit la Beauté de Baudelaire. Cet idéal, également sensible dans les photographies du groupe, distingue probablement l’esthétique des amis de Bloomsbury. Et à ce titre, il interroge : comment peut-on sacraliser le présent dans un monde libre et affranchi du rite religieux ? Peut-on continuer de sentir un Idéal métaphysique dans la vie de tous les jours dès lors qu’est perdu le contact avec le présent ? Le problème posé dans ces années-là n’a pas été résolu jusqu’à maintenant. Sans doute est-ce avec impatience qu’il attend de l’être. Thomas Demoulin |


